Mais, à la scène 4, Horace arrive. En vérité je ne sais ce que vous m’avez fait ; mais je sens que je suis fâchée à mourir de ce qu’on me fait faire contre vous, que j’aurai toutes les peines du monde à me passer de vous, et que je serais bien aise d’être à vous. « , « diantre ! Entre-temps, la comédie a opéré dans la hiérarchie des jugements poétiques une ascension considérable, au point de rivaliser en considération avec le genre tragique. 25 novembre 2017, Publication du rapport Stasi sur les signes religieux à l'école. En unissant ces deux tendances, Molière parvient ainsi à toucher aussi bien le public populaire, celui du « parterre », que les spectateurs plus raffinés, même si certains se montrent  choqués par des effets comiques jugés de « bas niveau ». - Acte V, scène 2 : Horace, qui a déjoué la ruse d'Arnolphe, lui confie son projet d'enlever Agnès et lui demande son aide. Au rappel grossier du coût de sa nourriture, elle répond à son tour avec mépris : « Non, il vous rendra tout jusques au dernier double. Il a donné à son Horace une dimension que n'avaient pas les jeunes amoureux de la commedia dell'arte : il n'est plus seulement un jeune homme séduit par la beauté physique, et un peu écervelé, mais celui qui, touché par Agnès, l'initie au bonheur d'aimer. Musée Carnavalet, Paris. J’ai des pensées que je désirerais que vous sussiez ; mais je ne sais comment faire pour vous les dire, et je me défie de mes paroles. Peu à peu, face aux propos d’Arnolphe, elle accède à la conscience de soi. Huile sur toile. Le premier combat de Molière travesti en Arnolphe, les Maximes du mariage comme passage obligé du tyran domestique, le jeu des quiproquos. Je veux vous écrire, et je suis bien en peine par où je m’y prendrai. par Molière. » Cette affirmation de soi va de pair avec une forme d’égoïsme, nécessaire pour se protéger : ses réponses sont blessantes pour Arnolphe, dont elle rejette les déclarations d’amour. Enfin Molière ne recule pas devant l’équivoque, avec la répétition du « le… », qui laisse le spectateur – et Arnolphe – imaginer un geste à connotation sexuelle. (II, 5). Sur deux points, cette pièce apportait des nouveautés importantes. Quelles sont les conditions des représentations ? Quelle évolution psychologique des personnages cette scène révèle-t-elle ? Musée Carnavalet, Paris. Enfin, il est obligé d’entendre sa propre critique et de supporter les éclats de rire d’Horace qui le peint comme un homme ridicule avec ses précautions inutiles : « mon jaloux », « cet homme gendarmé ». consulté le 14 décembre 2020. », fréquent, qui ponctuent toute la première tirade. Le mariage n'est donc qu'un ensemble de contraintes pour l'épouse. L’école des femmes de Molière. Arnolphe, « le nez dans son manteau » pour qu’Agnès ne le reconnaisse pas, l’entraîne. Cependant, la plupart des responsables politiques interviennent sur le sujet, exprimant souvent, au sein d'un même parti, des opinions opposées. De l’autre côté, il y a Térence qui, après Ménandre, veut surtout mettre en évidence le ridicule des caractères et des mœurs en élaborant des situations plus complexes. Certains choisiront d'accentuer le poids du comique, d'autres, au contraire, suivront le sentiment de Musset qui déclare à propos de Molière, comme le remarque Musset en 1840 dans son poème "Une soirée perdue" : "Cette mâle gaieté, si triste et si profonde, / Que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer.". Dans quels théâtres se jouent les pièces ? Dans le mariage vu par Arnolphe, il n'existe aucune confiance entre les époux puisque la femme est, par nature, un être corrompu qui ne pense qu'à "être libertine et prendre du bon temps". Quelles conceptions du mariage le discours d'Arnolphe développe-t-il ? Ainsi il lui reproche son inconduite, un manque de morale : « des rendez-vous la nuit », « vous évader sans bruit », « Suivre un galant n’est pas une action infâme ? Le livre audio est à vous pour toujours. Après l'enlèvement, il lui remet Agnès. Et une pièce jugée éclatante, une comédie […] ». »), et jusqu’à une comparaison animale qui fait d’elle l’image du démon : « petit serpent que j’ai réchauffé dans mon sein ». » (v. 923) qui marque sa surprise devant le silence d’Arnolphe, obligé de se contraindre. ») et l’interjection « Euh! Donc, en ridiculisant cette conception, c'est aussi l'Église que Molière attaque. Une étape a donc été franchie : Arnolphe ne se contente plus de recevoir des confidences, il savoure l’effet de son plan. Il fait ainsi office de second père, en manifestant sa toute-puissance. On me dit fort, que tous les jeunes hommes sont des trompeurs, qu’il ne les faut point écouter, et que tout ce que vous me dites n’est que pour m’abuser ; mais je vous assure que je n’ai pu encore me figurer cela de vous, et je suis si touchée de vos paroles, que je ne saurais croire qu’elles soient menteuses. Arnolphe, en effet, n’a pas vraiment changé, comme le montre l’encadrement de son discours. des points en + Jugé contraire à la morale, ce « le » est commenté dans La Critique de L’École des femmes, pièce dans laquelle Molière met en scène avec malice les détracteurs de sa pièce : « obscénité » pour Climène, simple ruban pour Uranie qui accuse son amie d’avoir l’esprit mal tourné. Il ne l'épouse en fait que pour lui : "jouir de la couche et des embrassements..." (vers 685-688). À la fin de la scène 5, on constate donc un début de résistance, encore très timide cependant. L'acte V la montre pleinement devenue femme, a acquis le pouvoir de faire souffrir l’homme, Parallèlement, elle a fait évoluer Arnolphe. L'École des femmes va bien plus loin : par delà cette situation de théâtre stéréotypée, elle éclaire un moment capital de l'histoire des idées, l'émergence de la conscience individuelle comme référence éthique. On peut imaginer le changement de visage d’, Le comique de cette scène vient donc de l'inversion de situation, Certes il évoque toujours Agnès comme « cette jeune beauté » et parle de « sa simplicité », mais on le sent, sincèrement touché par la sincérité d’Agnès, Le public ne peut que se placer dans le camp de, ces deux jeunes amoureux, touchants par leur vérité, Molière profite de cette scène pour se livrer à un éloge de l’amour, l’amour a transformé l’Agnès naïve, un peu sotte même, en une Agnès fine. » (vers 143-146) Il s’agit là de, la précaution prise par Arnolphe pour isoler Agnès, Ce double lieu, associé au double nom du personnage, est la source du quiproquo sur lequel est fondée l’intrigue, Horace ne connaît le héros que sous son nom d’Arnolphe, l’intrigue, organisée autour de cinq rencontres, chaque "confidence" d'Horace entraîne une "précaution" d'Arnolphe, mais chaque "précaution" se révèle inutile, Dans sa Préface, écrite après les critiques adressées à sa pièce, Molière insiste sur, En unissant ces deux tendances, Molière parvient ainsi à, toucher aussi bien le public populaire, celui du « parterre », que les spectateurs plus raffinés, le comique né des gestes, des mouvements, des mimiques, explicitement signalés dans les didascalies, imaginer les gestes et les mouvements nés du texte, et que l'acteur, guidé par son metteur en scène, va créer librement, On retrouve les personnages comiques chers à Molière : le valet, ici doublé du paysan. Or, ici le discours d’Horace a évolué. Ici éclate son mépris pour Agnès. ", et la didascalie précise "ne pouvant parler". ». Chez Arnolphe, l'obsession de ne pas être "cocu" tourne à la monomanie, et le rend ridicule, par exemple quand il tombe dans l'excès en parodiant le tragique (III, 5). Enfin l’on reconnaît la stichomythie, quand, sous l’effet de la colère, les personnages se répondent mot par mot, par exemple des vers 1520 à 1533. ", la technique du « deus ex machina », héritée de la comédie antique. » (vers 143-146) Il s’agit là de la précaution prise par Arnolphe pour isoler Agnès de tout contact social, qui révèle déjà l’abus d’autorité sur la jeune fille, quasiment séquestrée. Pour provoquer le rire, il dispose d’un double héritage, venu de l’antiquité romaine, elle-même héritière de la comédie grecque. On reconnaîtra d'abord le comique né des gestes, des mouvements, des mimiques, explicitement signalés dans les didascalies. Au XVIIe siècle, se développe un mouvement de contestation : la Préciosité. Cela révèle aussi son égoïsme. Arnolphe : ou M. de la Souche. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/l-ecole-des-femmes-moliere/, Encyclopædia Universalis - Contact - Mentions légales - Consentement RGPD, Consulter le dictionnaire de l'Encyclopædia Universalis. Christian BIET, Faire rire est donc le moyen de créer un mouvement de bascule, en ramenant le public vers ce qui n'est, après tout, que du théâtre, fiction, illusion... Il enrichit ainsi la comédie, tout en donnant aux metteurs en scène une totale liberté d'interprétation. NARRATEUR. Il se réjouit donc par avance de l’échec de son rival : « Oh ! Un an plus tard, en juin 1661, Molière créait L'École des maris . Mais la réaction soumise d’Agnès, au vers 1568, inverse la situation, en contraignant Arnolphe à changer de ton. Aussi a-t-il décidé d’épouser sa pupille Agnès, élevée dans l’ignorance. Dans l’acte III, Agnès ne parle que dans la scène 2, et il ne s’agit même pas d’une parole personnelle, puisqu’elle ne fait que lire "Les Maximes du mariage". Elle accède à la conscience, en étant maintenant capable de définir ce qu’elle ressent, et d’affirmer son amour avec force : « Oui, je l’aime ». Luc CHATEL, notre "illustre" ministre de l'Education Nationale veut réintroduire la morale au niveau de l'Ecole Primaire. N’est-ce pas là aussi la réponse qu’il leur adresse ? Arnolphe lui-même signale cette évolution dans la scène 4 de cet acte : « Et vous savez donner des rendez-vous la nuit / Et pour suivre un galant vous évader sans bruit. Quel peut donc bien être « l'exercice journalier » des devoirs d'une femme mariée ? 4   : […] La suppression de ce mot était donc sociale, histoire de remettre les femmes à leur place. comment cela ? Molière considère donc que la plus grande règle est de suivre une morale naturelle, celle qui préserve la vérité des cœurs, sans tomber dans l'excès d'une passion obsessionnelle, telle la peur d'être trompé chez Arnolphe, et en respectant la dignité et la liberté d'autrui, tel Horace qui ne profite pas de la naïveté d'Agnès.​, Mise en scène de Robert Manuel, 1995 : Emmanuelle Livry et Michel Galabru. Réhabiliter ce mot est tout sauf du féminisme radical. C'est cette conception qu'exprime le personnage d'Arnolphe chez Molière. Tout comme Chrysalde, Horace ne connaît le héros que sous son nom d’Arnolphe, alors que, pour le tuteur de celle qu’il aime, Agnès, « C’est, je crois, de la Zousse ou Source qu’on le nomme : / Je ne me suis pas fort arrêté sur le nom ; » (Acte I, 4, vers 328-329).​ Il n’apprendra ce double nom qu’à la fin de la pièce (Acte V, scène 7), et comprendra alors son erreur, cause de tant de péripéties. Ainsi, sa pièce est surtout un plaidoyer en faveur de l'amour. La dernière phrase de Chrysalde, "rendre grâce au Ciel qui fait tout pour le mieux", est une façon d'affirmer que l'amour n'est pas blâmable. Mise en scène de L'École des femmes par Didier Bezace, 2001. Le 25 […] Lire la suite. Elle est précisée à la scène 6 de l'acte V, qui se présente comme l'ultime péripétie : "il m'a marié sans m'en récrire rien" avec la "fille unique" d'Enrique, déclare Horace. Synthèse critique: C.Hemmeryck. Molière fait ici un plaidoyer en faveur de la sincérité du cœur, de la vérité des sentiments, que l’on retrouve dans toutes ses pièces de théâtre. Après les confidences d’Horace, Arnolphe a appris d’Agnès elle-même, encore tout à fait innocente, sa rencontre avec lui et son amour naissant. […] Lire la suite, du pays dont ils avaient pris le contrôle, à la suite de discussions entre les chefs islamistes et les autorités locales. Elle cherche parfois la consolation auprès d’hommes plus séduisants. Dans cette région, des écoles de filles ont déjà été prises pour cible, depuis la fin de 2008, par les islamistes qui considèrent l'éducation des femmes comme contraire à l'islam. Il rejette l'instauration de nouveaux jours fériés aux dates des principales fêtes juive et musulmane […] Lire la suite, minoritaires pour défendre le port du voile à l'école. une précieuse en dirait-elle plus ? Résumé : L’École des femmes de Molière (1661) Arnolphe prétend qu’une femme ne peut être sage et vertueuse qu’autant qu’elle est ignorante et niaise. Après la période de l'Illustre théâtre", fondé en 1643 avec Madeleine Béjart, et les difficultés financières alors rencontrées, Molière s'installe dans la salle du Petit-Bourbon, qu'il partage avec les Comédiens Italiens. Inscrivez-vous à notre newsletter hebdomadaire et recevez en cadeau un ebook au choix ! French high-quality classics you always dreamt of but could never find. Mais le spectateur plaindra-t-il Arnolphe ? Après de brèves salutations, des vers 844 à 852, le passage, qui répond à l’interrogation d’Arnolphe, est construit en deux temps, inverses, le triomphe d’Arnolphe face aux échecs d’Horace (vers 852-895) et son dépit en apprenant la ruse d’Agnès (vers 896-947), introduits par le connecteur d’opposition « Mais ». Si l'on imagine que la mise en scène place Arnolphe entre eux deux, cela ne peut que produire un effet comique qui achève de détruire toute illusion de vérité. L'école des femmes a attiré tous les suffrages du public parisien et a suscité un scandale à l'époque vu le sujet traité (l'éducation morale et religieuse des femmes). Le comique de situation est la base même de l’intrigue de la pièce, avec les confidences d'Horace sur ses projets, dues au quiproquo sur son double nom. Ce conflit prouve qu’Arnolphe reste incapable de comprendre les effets d’un amour sincère : « Il faut qu’on vous ait mise à quelque bonne école. La lettre qu’elle a eu l’audace de joindre au « grès » jeté révèle déjà la puissance de l’amour (Acte III, scène 4). On retrouve les personnages comiques chers à Molière : le valet, ici doublé du paysan. L’École des femmes est une pièce en cinq actes et en vers ; elle pose des questions importantes pour l’époque, à propos du mariage et de l’éducation des filles. La problématique du mariage est essentielle dans de nombreuses œuvres de Molière. ", Pour en savoir plus sur la vie de Molière : un site très complet. Il est enfermé dans l'orgueil de sa propre supériorité comme en témoigne le ton solennel adopté au début du texte, avec "bénir l'heur de votre destinée", comme si cet union se faisait avec un dieu qui daignait s'abaisser à épouser une simple mortelle, ou "nœud glorieux" avec la diérèse qui renforce l'adjectif. C’est dans le monologue de la fin de l’acte III, après avoir découvert la lettre écrite par Agnès à Horace que, pour la première fois, Arnolphe déclarait : « Et cependant je l’aime » (v. 998). » (v. 1541-1542). Quand Molière fait représenter L'École des Femmes en 1662, les spectateurs sont déroutés, car ils n'avaient jamais vu une pièce de cette forme ! L'acte V la montre pleinement devenue femme. Le comique de caractère naît toujours d'un décalage par rapport à la norme sociale. À peine a-t-on prononcé ces quelques mots que tout se met en place. Est-elle vraisemblable ? Quant à Agnès, sa naïveté est tellement exagérée qu'elle fait sourire, notamment quand elle fait le récit de sa rencontre avec Horace, ou qu'elle prend au sens premier  le discours de la vieille entremetteuse. Enfin, un décalage par rapport à la norme sociale, la base même de l’intrigue de la pièce, avec les confidences d'Horace sur ses projets, Le public, complice, rit alors des apartés, Que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer. Mais la pièce comporte les principales caractéristiques du comique de mots, à commencer par  le "bon mot" d’Agnès cité à l’acte I, scène 4 par Arnolphe : "si les enfants qu'on fait se faisaient par l'oreille".